Une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles

28 février 2011 § Poster un commentaire


Permaculture ! Le mot peut surprendre tout d’abord. Et puis, à la lecture du livre de Bill
Mollison, l’idée qu’il soit possible de récolter sans semer chaque année, de protéger le sol sous un couvert permanent, de mieux associer cultures et boisement, cette idée correspond à tant de réalités observées en France et dans le monde, à tant d’ingénieux procédés de paysans « permaculteurs
sans le savoir », qu’elle paraît vraiment applicable sur une plus vaste échelle que celle des premières expériences décrites par l’auteur.
La prairie permanente par exemple ! Douze millions d’hectares en France. Plus du quart de la superficie totale du pays ! Une association végétale qui a fait dire à l’agronome André Voisin1 « qu’une même somme rapporte davantage si on l’applique à l’amélioration d’herbages permanents
que si on la consacre au resemis de la prairie ».
Les prairies temporaires de longue durée à base de trèfle blanc et de graminées. Un système qui, sous l’impulsion d’André Pochon2, ce dynamique éleveur breton, est en train de regagner le terrain conquis par le système maïs-ray-grass d’Italie. Une énorme économie d’engrais azotés (donc
de pétrole) et de tourteaux, tous deux importés en masse à coups de dollars !
Les éleveurs avec leurs prairies seraient-ils déjà des « permaculteurs » ?
Les paysages de Bocage. Associer forêt et cultures, tel est le principe du bocage : des champs et des prés entourés de haies dont les trois étages, les trois « strates », sont celles des lisières de bois : arbres de l’étage arborescent, arbustes du « manteau », plantes herbacées de « l’ourlet ». Le tout sur talus doublé d’un fossé. La haie, double lisière qui s’allonge sur des kilomètres, est, à l’image des lisières de bois, un milieu d’une extraordinaire richesse, par sa flore et sa faune. A la fois brise-vent et réflecteur solaire, régulateur hydraulique et frein à l’érosion, la haie produit du bois d’oeuvre et de chauffage, des fleurs et des fruits, tout en régularisant les espèces animales et en abritant le gibier.
Bocage et permaculture, une parenté que souligne bien le livre de Bill Mollison.
La coltura promiscua d’Italie centrale. Une autre forme d’association de l’arbre aux cultures est fréquente en pays méditerranéens : l’arbre complanté parmi les cultures. Une arboriculture associant avec une incroyable ingéniosité les oliviers et autres fruitiers, la vigne sur tuteur vivant, ces érables de Montpellier taillés en gobelet et fournissant en outre un précieux fourrage. Et au pied de ces étages arborés, de la luzerne, des légumes, des céréales, une garniture de cultures annuelles irriguées dans une ossature pérenne. Tels sont les paysages de Toscane, d’Ombrie ou
d’Émilie, que l’on peut admirer aussi hors des limites italiennes : en vallée du Rhône, en Catalogne, aux Baléares ou en Grèce.
Encore la permaculture, culture d’une ossature de plantes pérennes, parmi lesquelles, dit Bill Mollison, « s’insère normalement l’horticulture des plantes annuelles ».
1. André VOISIN, Dynamique des herbages, Éditions La Maison Rustique.
2. André POCHON, La prairie permanente à base de trèfle blanc, Technipel, 149, rue de Bercy, Paris 12®.
5
La permaculture, agriculture basée sur les cultures permanentes, s’appuie sur un ensemble de techniques très pratiquées dans le monde. Dans les pays tempérés, c’est par exemple la prairie permanente et le bocage
(ci-dessus Charolais). Dans les pays tropicaux, c’est par exemple les systèmes agraires des indiens du Michoacan (ci-dessous) ou du Chiapas au Mexique. Des lignes anti-érosives d’agaves, des arbres fruitiers et fourragers, des haies et bosquets, des cultures annuelles. Photos Dominique Soltner.
Les paysages de parc africains. Plus que de bocages, c’est de « parcs » que l’on parle en Afrique : des arbres disséminés parmi les cultures. L’esprit européen en est choqué, mais ce parc est d’une grande sagesse : l’extraordinaire Acacia albida, arbre parasol et fertilisant, est au Sénégal le
plus utilisé en parc. A raison de 40 à 50 pieds/ha, il assure gratuitement une fertilisation équivalant à un sérieux apport d’engrais, devenu aujourd’hui presque inaccessible vu son prix. Ailleurs ce sont les karité et néré, manguiers et baobabs, qui fournissent des fruits, des feuilles protéïques,
des corps gras et des fibres, et mille substances médicinales ou utilitaires. Des parcs arborés qui font aussi large place aux arbustes en haies, défensives et productives.
Les rotations forestières tropicales. Le livre d’Hugues Dupriez « Agriculture tropicale en milieu paysan africain »3 est une grande première : c’est la première fois que sont décrites comme
facteurs de vrai développement les associations de cultures pratiquées par les paysans africains.
Cet agronome belge, aii cours de multiples séjours tropicaux, des zones sèches aux régions humides, a montré, chiffres à l’appui, que les associations de cultures annuelles et pérennes ont une production globale supérieure à celles que produiraient ensemble chaque plante cultivée à l’état pur. Des associations « dans l’espace » : plusieurs étages de plantes telles que caféier, cacaoyer, bananier, manioc, macabo, courges… Et des associations « dans le temps » : non pas tant une succession
de cultures, que des cultures qui se relaient progressivement et couvrent le sol en permanence.
Des courges occupent le sol après brûlis, puis maïs et haricots, dont émergent bientôt manioc et bananiers. La culture annuelle cède progressivement la place aux pérennes, avec retour éventuel à la forêt qui repose le sol.
Bref, il suffit d’observer les systèmes agraires de nombreux pays pour y découvrir quantité d’exemples de « permaculture », cette association harmonieuse de l’agriculture, de la sylviculture, de l’élevage et de l’horticulure.
Mais est-ce bien cela, la permaculture ? Le livre de Bill Mollison montre que cette notion dépasse largement un système d’agriculture : c’est une nouvelle vision de l’homme dans son milieu. Que peut alors puiser l’agronomie moderne dans ce livre ? On peut qualifier d’« agronomie moderne » celle qui s’avérera capable de nourrir les hommes
de la planète, et de manière durable. Ces hommes seront plus de 5 milliards dans 15 ans, sur des sols qui, partout dans le monde, sont envoie d’érosion et de désertification : • culture sur brûlis, surpâturage, utilisation du bois de feu, irrigation mal conduite et salinisation,
stérilisent les pays tropicaux ;
• arasements de haies et talus, défrichements excessifs, labour de sols trop pentus, dissociation cultures-élevage, pollution nitrique et autres, dégradent les sols et les nappes des régions tempérées.
Dégradations qui s’accompagnent d’une baisse de qualité des aliments et d’une surconsommation d’énergie. Comment dès lors ne pas trouver dans les principes de la permaculture des solutions à ces problèmes, dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud ! Chez nous .
• retour à l’élevage associé aux cultures, avec meilleur recyclage des matières organiques ;
• retour à la culture des légumineuses, notamment pérennes (luzerne et trèfle) ;
• maillage des champs ou groupes de champs en de nouveaux bocages plus productifs et
plus compatibles avec une mécanisation moderne mais sans gigantisme ;
• redécouverte de nouvelles formes d’agriculture et d’élevage pour les régions difficiles (terrasses du Midi, régions montagneuses). Un impératif si l’on veut éviter la désertification de ces régions, les incendies, et la perte d’un précieux patrimoine.
Dans les pays du tiers monde, les situations sont tellement variées qu’il serait présomptueux de recommander des solutions. Mais certaines sont si capitales qu’elles devraient partout s’imposer ;
3. Hugues DUPRIEZ, Agronomie tropicale en milieu paysan africain, Éditions L’Harmattan.

• redonner à l’arbre la priorité, qu’il s’agisse de ceux qui poussent spontanément (ce sont les plus nombreux) ou de ceux que l’on devra replanter, parmi les cultures ou en lignes brise-vent.
Leur contribution tous-azimuts (micro-climat, fertilisation, productions) est encore plus capitale dans les sols tropicaux que dans ceux des régions tempérées ;
• garder ou retrouver les principes des cultures associées, traditionnelles en Afrique. Elles ont été trop souvent dénigrées par l’agronomie dite moderne, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne puissent progresser, se rationaliser ;
• retrouver ou instaurer certaines formes d’association cultures-élevages, une association qui le plus souvent ne vas pas de soi en Afrique, où cultivateurs et éleveurs ne sont ni les mêmes hommes ni les mêmes ethnies.
En conclusion, à l’heure où l’agriculture industrielle, bien que productive, est souvent dans l’impasse (économique ou écologique), où celle des pays du tiers monde se développe moins vite que les bouches à nourrir, sur des sols de plus en plus dénudés et stériles, jamais les principes d’une agriculture intégrée n’ont été aussi nécessaires.

N’est-ce pas d’abord cela, la permaculture ?
Dominique Soltner
Ingénieur E.S.A.

Publicités

Bill Mollison: la permaculture

20 février 2011 § 1 commentaire

une série de documentaire sur la permaculture présenté par Bill Mollison le co-inventeur de la discipline.

Les grands principes de la permaculture

20 février 2011 § 2 Commentaires

Les grands principes

Pas de Labour
Quand on parle de travail du sol, immédiatement l’image du travail mécanique ou manuel du sol vient à l’esprit. Cependant, le travail du sol c’est aussi le travail des racines des plantes, le travail des micro organismes qui décomposent la matière organique, le travail des vers de terre qui sur une parcelle d’un hectare représentent en masse le poids de deux bœufs qui retournent la terre et participent à sa structuration en permanence.
Les labours profonds, en retournant l’horizon superficiel, perturbent l’activité des micro organismes anaérobies (ceux résidant en profondeur et ne consommant pas d’oxygène) et aérobies (ceux de la superficie qui doivent disposer d’oxygène pour vivre). De plus ces labours provoquent une minéralisation rapide de l’humus stocké en profondeur.
Bien sûr, on s’imagine mal un semis ‘nu’ à même le sol. L’absence de labour s’accompagne de deux mesures :
– Une nécessité de conserver une couverture permanente du sol, qu’il s’agisse d’engrais vert ou de mulch (matériau végétal mort constituant un ‘tapis’ protecteur)
– Le semis de graines ‘protégées’ : les graines sont enrobées dans de la poudre d’argile avant ‘semis direct’, ce qui les protège de l’extérieur. Cet enrobage peut même se faire de façon calibrée, ce qui permettra d’utiliser un semoir classique

Les Engrais
La terre n’est pas un support minéral, inerte. Elle abrite des centaines de millions de micro organismes qui ne sont pas là sans raison. Ceux ci peuvent travailler de manière optimale et enrichir la terre s’il ne sont pas perturbés par des apport extérieurs. Les engrais possèdent de nombreux effets pervers, et ne respectent pas la physiologie et la vitesse de croissance des végétaux. Si on augmente leur vitesse de croissance, ils se trouvent fragilisés et donc plus sensibles aux maladies et insectes, d’où la nécessité de recourir à une protection extérieure artificielle. En effet, si  l’on tient compte de la notion de ‘terrain’ qui prévaut en médecine comme en agriculture, seuls les végétaux affaiblis et déséquilibrés offrent un terrain favorable au développement des maladies et aux attaques de ravageurs.
Par ailleurs, les engrais ne se contentent souvent que d’apporter des composants majeurs (NPK) en négligeant les éléments secondaires (oligo éléments) qui sont pourtant nécessaires à la plante. Pour cultiver sans engrais, il faut toutefois pratiquer le retour à la terre des parties de la plante inutilisées après la récolte. En effet la plante s’insère dans un cycle et si celui ci est rompu par une exportation intégrale de la plante, le terre finira par se fatiguer et des carences apparaîtront. Il est certain qu’une phase de ‘reconversion’ est nécessaire et que ce type d’agriculture ne peut pas s’envisager derrière plusieurs décennies de travail classique de la terre.

Pas de pesticides
Les pesticides chimiques posent de nombreux problèmes, mis en lumière depuis de nombreuses années : bio accumulation et concentration des résidus le long de la chaîne alimentaire, induction d’une sélection  d’insectes résistants aux traitements nécessitant des épandages toujours plus fréquents, pollution de l’eau et de l’air…
En réalité les déséquilibres induits par les grandes monocultures intensives sont une aubaine pour les ravageurs qui trouvent là les conditions optimales pour leur reproduction et leur alimentation. Dans les système agricoles moins intensifs de polyculture, respectueux des écosystèmes, un certain équilibre s’établit, et la population de ravageurs est auto régulée car ces ravageurs ne sont que le maillon de la chaîne alimentaire, qui est respectée dans ce type de système. Les haies, mares et autres refuge permettent aux auxiliaires (les ‘prédateurs’ des ravageurs) de jouer leur rôle. Une rotation judicieuse des cultures et une association intelligente des cultures dans le temps permet bien souvent à la population de ravageurs de rester sous le seuil de nuisance réel tolérable (si l’on tient compte de l’énergie utilisée pour la lutte).

Pas de sarclage
Existe il vraiment des mauvaises herbes ? Une couverture du sol est toujours bénéfique. Les mauvaises herbes possèdent des racines qui pénètrent le sol, l’aèrent, l’ameublissent et l’enrichissent.  L’observation est de mise : les mauvaises herbes peuvent être d’excellents indicateurs à différents titres (état du sol, type de culture favorable sur cette parcelle…). Lorsque les mauvaises herbes posent des problèmes réels, il convient de les éliminer grâce à d’autres herbes qui les concurrencent plutôt que de gaspiller de l’énergie à les arracher à la main. Comme pour les ravageurs, les équilibres entre les différentes espèces viennent réguler les débordements.

Conclusion
Ces quatre grands principes sont pour le moins révolutionnaires. Masanobu Fukuoka a expérimenté des techniques pendant près d’un demi siècle. Au bout de plusieurs dizaines d’années, il cultivait une espèce de riz qui était devenue très robuste à force de sélection naturelles et il obtenait des rendements identiques à ceux de la riziculture classique au Japon. A la fin des années 80, alors qu’il envisageait d’envoyer des semences de ce riz très performant dans les pays en voie de développement, ses activités ont connu une fin très brutale lorsque l’armée japonaise a saisi et détruit l’intégralité de sa récolte et de ses semences.

La pratique de la permaculture a été reprise à la fin des années 70 par Bill Molisson en Australie ou elle connaît un essor certain.
permaculture, culture sans labour,

un écosystème « durable » en Guyane

29 janvier 2011 § 1 commentaire

S’inspirer des techniques agricoles passées : exemple d’un écosystème « durable » en Guyane

Les savanes côtières guyanaises qui sont émaillées de petites buttes viennent de livrer une partie de leurs secrets grâce au travail d’une collaboration interdisciplinaire et européenne, soutenue par deux programmes du CNRS. Les scientifiques ont découvert que ces vestiges d’un système agricole précolombien ont été construits il y a près de 900 ans. Surtout, ils ont mis en évidence que ces îlots bien drainés dans un milieu saisonnièrement inondé ont été investis par d’autres organismes (animaux et plantes) qui maintiennent encore aujourd’hui l’édifice en relief. Cet exemple de paysage modelé par l’Homme puis entretenu par la Nature pourrait servir à imaginer des systèmes d’agriculture « écologiquement » intensifs. Ces résultats sont publiés en ligne sur le site de la revue PNAS au cours de la semaine du 12 avril 2010.

Le littoral du plateau guyanais, de l’île de Cayenne jusqu’au Guyana, est parsemé de petites buttes, que l’on pourrait prendre pour de banales mottes de terre. L’origine de ces édifices est-elle naturelle ? Pour les habitants des environs, leur origine est mystérieuse et de nombreuses explications circulent. Certains affirment, par exemple, que ces buttes sont liées au passage répété de bovins dans ces savanes marécageuses. Pourtant, des études archéologiques menées à la fin des années 80 ont révélé que ces structures étaient le fruit de la main humaine.

Comment des champs construits par des Amérindiens précolombiens et abandonnés pour la plupart vers 1250, avant l’arrivée des Européens, ont pu persister jusqu’à nos jours ? Ils auraient dû disparaître du fait de l’érosion, des pluies, des incendies et des remaniements végétaux. Une équipe de recherche interdisciplinaire tente, depuis 2007, de répondre à cette question. Co-pilotée par Doyle McKey, écologue au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Universités Montpellier 1, 2 et 3/SupAgro Montpellier/CIRAD/Ecole pratique des hautes études de Paris) et Stéphen Rostain, archéologue à l’unité « Archéologie des Amériques » (CNRS/Université Paris 1), elle réunit plus d’une vingtaine de spécialistes de diverses disciplines provenant de plusieurs organismes français et européens. En s’appuyant sur un large éventail d’expertises (archéobotanique, archéologie, paléoécologie, sciences du sol, écologie et imagerie aérienne), les scientifiques ont cherché à comprendre comment l’action passée de l’Homme sur ces paysages a pu moduler le fonctionnement actuel de l’écosystème.

Des champs conçus et exploités entre l’an 650 et l’an 1250

Cette étude confirme tout d’abord que des agriculteurs précolombiens ont édifié ces vastes complexes de champs surélevés au sein des savanes guyanaises. Ces franges côtières réputées inhospitalières subissent des inondations saisonnières  (alternance de périodes d’inondation et de sécheresse). Les Amérindiens ont construit des monticules bien drainés, ce qui a permis une agriculture sédentaire intensive. Ils disposaient donc d’une ingénierie agricole performante pour exploiter des terrains aujourd’hui jugés inaptes à cultiver. Les chercheurs sont parvenus à dater précisément certains de ces champs : l’un des sites étudiés remonte au XIIe siècle, le second plus ancien, au XIe siècle de notre ère. L’analyse de deux types de microfossiles vestiges de plantes – des particules en silice (phytolithes) découvertes dans les buttes, et des grains d’amidon trouvés dans les morceaux de plats en céramique mis au jour dans les villages précolombiens – a révélé qu’au moins trois plantes étaient cultivées à l’époque : le maïs – qui, étonnamment, est aujourd’hui absent du panel agricole -, le manioc et la courge. En construisant ces îlots asséchés, les Amérindiens ont produit de l’hétérogénéité entre la plaine inondée et la partie surélevée : la composition biogéochimique de ces deux zones diffère aujourd’hui encore jusqu’à 50 cm de profondeur.

Des paysages co-construits par l’Homme et la Nature

Une fois abandonnés, ces champs ont été colonisés par la Nature. Fourmis, termites, vers de terre, plantes et autres organismes se sont installés préférentiellement sur ces structures bien drainées. Des processus auto-organisés générés par ces « bâtisseurs » d’écosystèmes se sont alors mis en place. Ces organismes y apportent de la matière organique et minérale et en modifient la structure ainsi que la composition du sol. Grâce à leurs actions sur la porosité du sol, la capacité d’infiltration des eaux de pluies est neuf fois plus élevée sur les monticules que dans la plaine inondée, réduisant la sensibilité des buttes à l’érosion. Des mécanismes bio-géo-chimiques ont ainsi permis le maintien de ces structures surélevées, où la concentration en ressources initialement créée par l’Homme a été conservée.

Ces écosystèmes auto-organisés sont les dépositaires de l’héritage écologique des habitants précolombiens d’Amazonie. Cette technique agricole oubliée (1) – celle des champs surélevés – pourrait être source d’idées afin de concevoir des systèmes d’agriculture écologiquement intensifs. Ces résultats permettent d’identifier comment certains écosystèmes sont conservés à travers les siècles et de mieux comprendre l’histoire de la biodiversité amazonienne.

Ce travail a été soutenu financièrement par le CNRS et le ministère de la Culture et de la communication. Il a également bénéficié de la coopération du Centre spatial guyanais, propriétaire de certains des sites étudiés.

PhotoGuyane2


© Stéphen Rostain

Vue aérienne d’une savane de Guyane. Les vestiges des champs surélevés précolombiens apparaissent très nettement.


 

PhotoGuyane1


© Doyle McKey

L’archéo-botaniste José Iriarte remonte une carotte du sol pour analyse.


Téléchargez les visuels de ce communiqué (merci de respecter légende et copyright).

 

Notes :

(1) Des techniques similaires sont employées de nos jours par certaines populations africaines et d’origine africaine (par exemples, quelques agriculteurs haïtiens installés près de Kourou).

Références :

Pre-Columbian agricultural landscapes, ecosystem engineers, and self-organized patchiness in Amazonia. Doyle McKey, Stéphen Rostain, José Iriarte, Bruno Glaser, Jago Jonathan Birk, Irene Holst & Delphine Renard. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA. En ligne sur le site de la revue au cours de la semaine du 12 avril 2010.

la permaculture

29 janvier 2011 § Poster un commentaire

La permaculture cherche à s’inspirer des écosystèmes naturels, comme modèles optimaux d’utilisation d’énergie.

permaculture

Il existe une grande diversité d’approches différentes pour l’agriculture en utilisant la permaculture du simple fait qu’il existe une très grande variété de territoire et de climats. Toutefois, ce qui unis ces différentes pratiques est la recherche de la soutenabilité énergétique. C’est bien l’efficacité énergétique qui est toujours recherchée, que cela soit en évitant un travail inutile, faire d’un déchet une ressource, valoriser les services « gratuits » rendus par les écosystèmes, ou encore réduire les consommations et les déplacements.

Les praticiens agricoles de la permaculture pratiquent de fait une agriculture biologique et n’utilisent pas d’intrants chimiques issus pour la plupart de l’industrie pétrochimique. En permaculture est pratiqué presque systématiquement le non labour afin de ne pas détruire la pédofaune ni oxyder le complexe argilo-humique, garant d’une bonne fertilité du sol. Cette simplification permet également de réduire la pénibilité du travail et l’investissement que représente un labour. La permaculture centre son approche sur l’arbre et la forêt. Ceci se traduit, par exemple, par la revalorisation des haies en bordure des cultures et des bocages comme garant de la biodiversité et de la limitation de l’érosion éolienne.

L’écologue Whittaker a montré qu’un écosystème naturel mature est largement plus productif que n’importe quel système humain de production de nourriture. La productivité primaire nette d’une forêt tempérée caduque est deux fois celle d’une terre cultivée moyenne(1200 g/m²/an (gramme de matière sèche par mètre carré et par an) contre 650 g/m²/an), du fait d’une utilisation de l’énergie, de l’eau et des nutriments beaucoup plus efficace que celle de l’agriculture. La permaculture s’est donc orientée vers la recherche de la mise en place d’agro-écosystèmes productifs s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels. L’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka et de l’ITAN (Institut Technique d’Agriculture Naturelle), ou les travaux sur la sélection de céréales pérennes du land institute[www.landinstitute.org] de Wes Jackson en sont de bons exemples.

La forêt, une source d’inspiration majeure

Du fait que les écosystèmes naturels sont supposément plus productifs que les systèmes de production humains, la permaculture s’attache à utiliser les modèles d’écosystèmes naturels et à s’en rapprocher autant que possible. Un des modèles fondamentaux est celui de la forêt, composé de sept strates:

  1. la canopée
  2. la couche des arbres intermédiaires (fruitiers nains)
  3. les arbustes
  4. les herbes annuelles
  5. les plantes de couverture
  6. les racines
  7. la dimension verticale (lianes, vignes)
  8. la mycosphère

L’efficacité productive supposée des systèmes forestiers pousse certains pratiquant de la permaculture à recréer des forêts en y introduisant des plantes utiles. On parle de Jardin forestier et aussi d’agroforesterie. Cette pratique ancienne est particulièrement adaptée au milieu tropical et est mise en place par de nombreux agriculteurs de par le monde. Elle connait notamment une revalorisation importante depuis que la communauté scientifique s’y est intéressé à partir des années 70.

D’autres approches de la permaculture se focalisent sur la pédologie forestière. Dans ce cas, l’emphase est donnée à la création d’humus (ou humification) et à la couverture permanente du sol par paillage (parfois aussi appelé « mulch »), comme dans les écosystèmes naturels forestiers où feuilles, branchages et autres déchets vivants forment une litière permanente. Dans ce cas, la présence formelle d’arbres n’est pas nécessaire, comme on le retrouve dans les pratiques du jardin auto-fertile (autrement appelé synergétique) d’Emilia Hazelip, où les pratiques agricoles à base de BRF (Bois Raméal Fragmenté) développées notamment par Gilles Lemieux au Québec.

Le modèle forestier est aussi particulièrement valorisé en permaculture pour sa résilience écologique et son efficacité à lutter contre les problèmes d’érosion du fait d’une couverture végétale et d’un développement racinaire permanent retenant ainsi le sol.

 

Association traditionnelle Maïs/Haricot/Courge au Mexique.

La biodiversité

La permaculture cherche à stimuler la diversité dans ses aménagements agricoles. L’agriculture est donc au minimum sur le principe de la polyculture. Bien plus, elle est recherche constamment les meilleurs associations culturales et les compagnonnages de plantes. En cela, la permaculture s’oppose à l’approche moderne de l’agriculture tournée vers les monocultures.

L’énergie

Appliquer les valeurs de la permaculture signifie utiliser moins de sources d’énergie non renouvelables, en particulier les formes dérivées du pétrole. Bruler des combustibles fossiles contribue à l’effet de serre et au réchauffement climatique, mais utiliser moins d’énergie veut dire plus que combattre le réchauffement climatique. La production de nourriture devrait être un processus complètement renouvelable et non pas fondé sur le pétrole. La permaculture appliquée à l’agriculture a pour vocation de créer un système renouvelable qui ne dépend que d’une quantité minimale d’énergie. L’agriculture traditionnelle pré-industrielle était intensive en termes de travail, l’agriculture industrielle est intensive en termes d’énergies fossiles, et la permaculture agricole est intensive en design et information. La permaculture est une manière de travailler plus intelligemment pas plus durement ; et quand c’est possible, l’énergie utilisée doit provenir de ressources renouvelables comme le vent le solaire passif, ou les biocarburants.

source Wikipedia

……………………………………….

Articles liés:

………………………………………..

pour en savoir plus: http://www.permaculture.fr/

Où suis-je ?

Catégorie La permaculture sur Verger de la Garonelle.

%d blogueurs aiment cette page :